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Le temps d’avance en temps troublés

Voilà une décennie que l’Entreprise semblait être, en termes de leadership, d’idées et de réalisations concrètes, passablement en avance sur le politique et le régalien pour adresser des sujets sociétaux majeurs : plus consciente et plus affûtée sur les enjeux, plus agile et plus sophistiquée sur les solutions. C’est pour cela que The Boson Project existe : pour faire de l’Entreprise la pointe d’une transformation globale nécessaire et inéluctable. Approche pragmatique.

Et en effet. L’Entreprise a été bousculée il y a plus de 10 ans maintenant par une nouvelle génération de travailleurs, de citoyens, les Millenials, qui ont entraîné toutes les autres générations dans leur sillage en questionnant l’Entreprise dans son utilité au monde. Face à ces attentes immenses de sens et de cohérence émises par des travailleurs qui ne voulaient pas ou plus connaître l’absurdie des années 2000, l’entreprise s’est engouffrée dans une période intense d’introspection sur son utilité et de projection du rôle qu’elle voulait jouer dans la société demain. 

Tout ceci a mené de grands travaux sur la raison d’être des organisations et à de grands discours dont on se souvient encore – “l’entreprise sera politique ou ne sera pas” – donnant ainsi de la chair à des aspirations individuelles d’engagement aligné. Clients et talents étaient embarqués dans l’incipit de sa transformation. 

Cette exigence à l’égard de l’entreprise, poussée par l’époque dans les pays occidentaux notamment, l’a positionnée en avance de phase sur bien des aspects par rapport au monde politique, en témoigne par exemple le sujet de la mixité qui s’est concrétisé dans l’entreprise de politiques volontaristes concrètes quand les mouvements politiques s’embourbent encore dans les travers machistes de leurs élus ou du shaming bas de gamme, en témoigne encore le défi de la digitalisation des organisations que les entreprises ont relevé bien avant les ministères. 

C’était ce qui se passait depuis 10 ans. L’Entreprise en prise avec la Société, en pointe sur nombre de sujets. Sur ce, un enchaînement de crises inédites d’intensité variable – depuis les gilets jaunes jusqu’aux crises énergétiques et climatiques en passant par la pandémie et un conflit armé traditionnel sur le sol européen -, a finalement a sonné un rappel à la sobriété pour nos organisations. Ce rappel à la sobriété se fit d’ailleurs ressentir d’autant plus fortement qu’il contrastait avec les grands discours sur la durabilité qui l’avaient précédé dont les preuves sonnantes et trébuchantes tardaient à se concrétiser.

Car ce qui frappe dans ces crises successives mentionnées ci-dessus, c’est la complexité inouïe des enjeux, leur inextricable interdépendance. L’imbroglio qui se noue depuis trois ans entre sanitaire, économique, énergétique, social et environnemental n’est qu’une démonstration en grandes pompes de leur caractère systémique. À côté de ces défis humanitaires, de ces défis pour l’Humanité, la théorisation parfois un peu hors sol des 3P (People Planet Profit) semble … chétive.    

Le champ de compétences de l’Entreprise, dans son ambition d’adresser les défis sociétaux de l’époque, serait-il dépassé ? Le contexte a-t-il supplanté, par sa complexité et l’ampleur des crises, les meilleures intentions corporate du monde ? Probablement. Ce qui est sûr, c’est que seule, l’Entreprise ne peut y répondre, À plusieurs même, elles ne peuvent y répondre. 

Ne me méprenez pas, ceci n’est pas l’aveu défaitiste d’une entrepreneur, ce serait mal me connaître. C’est plutôt le regard pragmatique toujours d’un Boson qui œuvre depuis 10 ans au service d’une transformation no bullshit, utile des organisations. Un Boson qui observe depuis quelque temps davantage de sobriété dans les postures et les discours, moins d’exposition médiatique, moins de déclarations, plus d’attention à œuvrer en son sein et en toute discrétion à la construction de preuves tangibles face aux craintes et aux doutes de ces collaborateurs-citoyens qui désormais peuplent nos organisations. Et dans cette quête d’impact réel, avec cette nouvelle sobriété dans la posture et dans les actes, s’ouvrent des prises de responsabilités plus humbles, conviant à la table des décisions davantage de parties prenantes, de disciplines, d’échelles de gouvernance et de méthodologies. 

Après le grand soir des engagements, voici venu le petit matin des actions

Mais la question initialement posée reste sans réponse : quel pilote dans l’avion pour leader l’escadrille du monde de demain ? Et s’il n’est pas encore prêt, sommes-nous vraiment en train de le former ?

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